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Coplans, John (1920-2003), photographe britannique, également critique d’art.Coplans, John (1920-2003), photographe britannique, également critique d’art.

Adepte du noir et blanc, John Coplans a réalisé un genre inédit d’autoportraits, fragments anatomiques du corps humain dans son universalité.

Né à Londres, St. John Rivers Coplans, dit John Coplans, étudie l’art après avoir servi dans les forces armées pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1957, il participe à la première rétrospective d’art abstrait britannique d’après-guerre : Metavisual, Tachist and Abstract Art.
En 1960, il s’installe aux États-Unis, à San Francisco, et enseigne à l’université de Berkeley. Deux ans plus tard, il cofonde la revue Art Forum et devient critique d’art. En 1963, il expose une dernière fois ses peintures. Devenu conservateur dans différents musées, il organise d’importantes expositions de peinture, notamment les premières rétrospectives de Roy Lichtenstein, de Frank Stella et d’Andy Warhol. En 1978, il crée la revue Art Dialogue.

 Des autoportraits sans visages

En 1980, alors âgé de 60 ans, John Coplans se lance dans la photographie. Après avoir réalisé plusieurs portraits, l’artiste choisit de travailler exclusivement sur son propre corps. Dans sa série d’Autoportraits (Self-Portraits) commencée en 1984, il explore tous les fragments de son anatomie — dos, genou, pied, torse, etc. — à l’exception du visage. Il les exhibe nus et en gros plan, sur un arrière fond neutre blanc, frontalement, de façon clinique. L’absence de visage et la nudité universalisent le sujet ; les repères d’espace et de temps sont abolis. Ces fragments peuvent ainsi appartenir à n’importe quel homme d’hier ou d’aujourd’hui : « Nu, le corps appartient au passé, au présent et au futur ». Ce sont des morceaux de corps d’un échantillon de l’espèce humaine, un adulte de sexe masculin. Les images d’une grande précision optique présentent un corps plissé, crevassé, poilu et invitent le spectateur à s’observer lui-même.

Des images totémiques

Outre leur frontalité, les clichés de Coplans sont de grande dimension, destinés à l’accrochage mural. Ce sont des photographies totems. La posture peut être tordue pour plus de questionnement. Le corps peut être debout, couché, à l’envers, il est pratiquement toujours en tension : l’homme n’est pas avachi mais magnifié. Un Autoportrait (1984) présente un dos, tel un monolithe rectangulaire surmonté de deux poings fermement serrés comme prêts à se défendre. Un autre Autoportrait (1984) montre deux pieds tendus en surélévation sur la pointe pris en gros plan. Dans ses dernières œuvres, la segmentation est exagérée par la présentation en format démesuré. Les parties du corps, fragmentées et juxtaposées indépendamment, dématérialisent le sujet, accentuant la problématique.
John Coplans a publié plusieurs catalogues de son travail, notamment A Body of Work (1987), Self-Portraits (1994, entretien) et John Coplans Self-Portrait Finger (1999).