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hyperréalisme, tendance apparue à la fin des années 1960 aux États-Unis, visant à la reproduction de la réalité avec la même exactitude et la même objectivité que la photographie, qu’elle prend pour modèle et dont elle applique les codes.

L’hyperréalisme a des sources lointaines dans la tradition picturale américaine, nettement favorable à la littéralité des trompe-l’œil, comme le montrent les tableaux, à la fin du XIXe siècle, de John F. Peto, William Harnett ou John Haberle. Dans les années 1920, les peintres du précisionnisme travaillaient déjà à l’aide de photographies fidèlement reproduites — c’est notamment le cas de Charles Sheeler, à la fois peintre et photographe. Mais c’est indéniablement le pop art qui demeure le précédent immédiat de l’hyperréalisme. Il en a effectivement repris l’iconographie du quotidien, est resté fidèle à la distance de son approche, et a produit les mêmes images neutres et glacées.

La photographie constitue presque toujours le point de départ de l’hyperréalisme, ce qui lui a parfois valu d’être appelé photoréalisme, hyperphotographisme ou sharp focus realism. David Parrish, par exemple, a peint directement sur une diapositive projetée sur la toile à recouvrir, Richard MacLean a retravaillé ses documents à l’épiscope, Chuck Close a agrandi des portraits, ce qui l’a conduit à mettre en valeur les inégalités de la mise au point et le grain de l’image photographique.

L’usage de l’aérographe, chez certains, renforce l’aspect brillant de la peinture et ses similitudes avec le papier glacé des photographies. La spécialisation des artistes en fonction des thèmes retenus est un élément frappant de cette tendance : Richard Estes a peint des vues urbaines et des détails de vitrines, Ralph Goings des voitures et des motos stationnées, dont Don Eddy, Thomas Blackwell et David Parrish ont montré le détail luisant des chromes, tandis qu’un John C. Kacere a adopté une imagerie érotique qui n’évite pas le reproche du kitsch. John De Andrea et Duane Hanson ont donné une forme tridimensionnelle à l’hyperréalisme, en réalisant des sculptures moulées sur des modèles vivants, puis peintes en tons chair et complétées par des vêtements et des accessoires réels.

En Europe, l’hyperréalisme a pu influencer certains aspects des nouvelles figurations apparues vers 1970, mais c’est le peintre français Jean-Olivier Hucleux qui en a appliqué le plus étroitement les procédés. L’Allemand Gerhardt Richter en a donné une version critique et engagée qui peut faire penser à celle, atypique dans le milieu américain, de Malcolm Morley. Le reproche de virtuosité gratuite a cependant fortement grevé l’avenir de cette tendance ainsi que sa réception actuelle.