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La biomasse est première source d’énergie renouvelable en France. Pourtant, la filière de valorisation, encore naissante, accuse un retard considérable par rapport à ses voisins européens. Les incitations réglementaires pour produire de l’électricité à partir de biomasse, pas suffisamment attractives, sont notamment en cause.  

 

Moins médiatique que le solaire, l’hydraulique ou l’éolien, la biomasse, qui représente l’ensemble des matières organiques, végétales ou animales, exploitables à des fins énergétiques, n’en est pas moins la première source d’énergie renouvelable en France. En 2009, elle a représenté avec 10,5 millions de tonnes équivalent pétrole (MTEP) plus de la moitié (52,5%) de la production hexagonale.

Cette biomasse peut avoir différentes formes. Elle est solide lorsqu’elle est produite par combustion à partir du bois brut et de ses dérivés : déchets de bois, paille… La biomasse liquide est en revanche issue des plantes (huile colza, huile de tournesol…). Enfin, le biogaz est le gaz produit par fermentation de la biomasse en l’absence d’oxygène. Il est issu de la méthanisation, naturelle ou industrielle.

La biomasse est utilisée comme source d’énergie thermique (chauffage), électrique, obtenue par cogénération qui est un principe de production simultanée d’électricité et de chaleur, et pour les biocarburants (éthanol).

La biomasse constitue ainsi un atout majeur du développement durable et a un rôle essentiel à jouer dans l’atteinte des objectifs du Grenelle de l’Environnement. Pour son utilisation, la France figure d’ailleurs au deuxième rang européen juste derrière l’Allemagne.

Pourtant, bien que les technologies de traitement soient tout à fait mûres, la filière de valorisation de la biomasse est encore naissante en France. Elle connaît un retard considérable par rapport à ses voisins européens, en particulier l’Allemagne et le Danemark. Ainsi, alors que la France est un pays producteur agricole, on ne recense aucune usine de méthanisation dans l’Hexagone alors qu’on en dénombre 3 000 Outre-Rhin. D’autre part, la cogénération à partir de la biomasse n’a fourni en 2007 qu’un minuscule 0,2% de la production électrique française, contre 5,7% en Suède, et même 8,6% en Finlande, championne d’Europe de la spécialité.

Un tarif de rachat très peu attractif

Si la biomasse ne répond qu’à environ 4% de la demande en énergie des pays développés, alors que ce taux grimpe à 40% dans les pays en voie de développement, le cas de la France est des plus singuliers. En effet, bien qu’un tiers du territoire soit recouvert de forêt, la filière bois est le deuxième déficit commercial après le pétrole. Et le taux de prélèvement de bois est inférieur à son taux de renouvellement : 61 millions de mètres cubes prélevés contre un accroissement biologique de 81 millions de mètres cubes par an. Malgré ses atouts indéniables en la matière, la France peine donc à valoriser ses propres ressources en bois et produits dérivés et est au final le quatrième importateur mondial.

Les incitations réglementaires pour produire de l’électricité à partir de biomasse ne sont également pas assez attractives dans l’Hexagone. Ainsi, le tarif de rachat de l’électricité par biomasse a-t-il été fixé à 130 euros/MWh, quand parallèlement les autres filières d’énergie renouvelable ont été dopées par un tarif de rachat très rentable pour des projets peu risqués. C’est particulièrement vrai pour le photovoltaïque qui bénéficie de tarifs de rachat de 300 à 600 euros/MWh. Avec cette rentabilité excessive ajoutée à de très faibles risques, la puissance installée devrait du coup dépasser l’objectif fixée par le Grenelle de plus de 100% d’ici 2020. Mais cela crée surtout un effet d’aubaine pour les investisseurs. Un constat d’autant plus regrettable qu’en l’absence d’acteur français d’envergure dans la production de panneaux solaires, le photovoltaïque contribue à creuser davantage les déficits commerciaux.

De son côté, la filière bois serait au contraire susceptible de créer plus de 30 000 emplois en France. Mais compte tenu des coûts et des risques d’approvisionnement en combustible bois, peu de projets sont en mesure d’atteindre une rentabilité dépassant les 5%. Si bien qu’au final, sur les 36 projets poussés par la Commission de régulation de l’énergie (CRE) depuis 2004, seuls ont effectivement pour l’heure vu le jour.

Pourtant, selon les objectifs du Grenelle de l’Environnement, la biomasse devrait, d’ici 2020, contribuer à hauteur de 17 TWh par an dans la production d’énergie en France, alors que ce chiffre n’atteint que 7 TWh pour le photovoltaïque. Mais il faut croire que l’effet de mode qui entoure les énergies renouvelables profite à certaines plus qu’à d’autres…

Pour tenter de combler le retard hexagonal dans ce domaine, le ministère du Développement durable a dévoilé en début d’année une liste de 32 projets, sélectionnés dans le cadre du troisième appel d’offres biomasse lancé par le gouvernement, qui seront soutenus financièrement. La puissance totale de ces unités de cogénération, sortes de combinaisons de chaudières à bois et de centrales électriques, s’élève à 266 mégawatts (MW), soit environ un quart de réacteur nucléaire. Situées essentiellement dans le Nord, l’Est, la Bretagne et le Massif Central, ces installations bénéficieront d’un tarif de rachat de l’électricité confortable, garanti pendant 20 ans, de 14,5 centimes par kWh d’électricité produite.