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 1 PRÉSENTATION À bout de souffle

[Jean-Luc Godard], film français en noir et blanc de Jean-Luc Godard, réalisé en 1959.

2 LA FUITE EN AVANT D’UN HÉROS MODERNE

Aux environs de Marseille, Michel Poicard (Jean-Paul Belmondo) tue un policier qui le poursuit pour le vol d’une voiture. Il gagne ensuite Paris, où il retrouve Patricia, une jeune Américaine (Jean Seberg) qui vend le Herald Tribune sur les Champs-Élysées et dont il se dit amoureux. Le voyou cherche à l’entraîner dans sa fuite vers l’Italie, mais la jeune femme hésite et finalement dénonce Michel, qui tombe sous les balles de la police, rue Campagne-Première.

3 UNE NOUVELLE VAGUE SOUS INFLUENCE

Afficher cette section au format imprimableÀ l’origine d’À bout de souffle, film culte et emblématique de la Nouvelle Vague et premier long métrage de Jean-Luc Godard, il y a un fait divers sanglant qui inspire un scénario à François Truffaut. Accaparé par d’autres projets, le réalisateur des Quatre Cents Coups confie cette ébauche d’histoire à son collègue des Cahiers du cinéma et recommande celui-ci au producteur Georges de Beauregard.
Avec ce film, Jean-Luc Godard rompt brutalement avec les règles de la grammaire cinématographique : il bouleverse la notion de linéarité temporelle et contrevient aux règles du montage en introduisant de faux raccords au milieu des plans.

Doté d’un budget dérisoire, À bout de souffle est tourné en moins de quatre semaines, durant lesquelles le cinéaste ne cesse d’hésiter sur ses choix de mise en scène. À l’affût d’une réalité polyphonique, il cherche à capter l’intensité et la fugacité d’un monde et d’une histoire où le héros court à sa perte : d’où sans doute ce caractère d’improvisation qui se dégage du film, éclairé comme un photo-reportage de Paris-Match.

Jean-Luc Godard joue de toutes les désorientations et de toutes les ruptures de ton, tant au plan du jeu des acteurs (qui oppose la composition nuancée d’une Jean Seberg, à peine sortie du Bonjour tristesse d’Otto Preminger, à la prestation énergique du jeune Belmondo) qu’au plan de la bande sonore du film, juxtaposition de la partition de Martial Solal et de sons bruts.
Mais derrière l’apparente désinvolture d’À bout de souffle court un film sous haute influence. Outre un hommage rendu à Howard Hawks (Jean-Luc Godard avoue avoir abordé le tournage avec l’intention de réaliser un « petit Scarface personnel »), À bout de souffle est un film de cinéphile averti pour cinéphiles éclairés : il emprunte au film noir, à l’œuvre d’Otto Preminger et à la série B — notamment l’un de ses plus beaux fleurons, le Démon des armes (Gun Crazy, 1949) de Joseph Lewis ; il donne en outre un rôle au parrain de la Nouvelle Vague : Jean-Pierre Melville.